Société des Américanistes de Belgique
 
 

 

 

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Itinéraires belges aux amériques. Actes du premier colloque de la Société des Américanistes de Belgique. Éditeurs: Peter Eeckhout & Jaques Malengreau. Civilisations vol.1, N°1-2

 

RÉSUMÉS [ version pdf ]

 

Serge Lemaitre

LES HABITANTS DES ROCHERS ORNÉS DU CANADA

Depuis le début des recherches sur l'art rupestre du Bouclier canadien, les autochtones parlent de Maymaygwashiuk, le petit peuple poilu. Après un texte bref à propos d'une rencontre entre un Amérindien et le Petit Peuple, l'auteur analyse le mode de vie de ces «êtres fantastiques », leur aspect, leur rôle d'intercesseur et leur lien avec les peintures rupestres. Il conclut que les Maymaygwashiuk sont fortement liés au Tonnerre et aux Oiseaux-Tonnerre et remarque que si les études anthropologiques n'apportent pas d'explications définitives, elles mettent au moins l'archéologue sur la piste d'interprétations pertinentes.

 

Olivier Servais

LES SOURCES POUR L'HISTOIRE DES MISSIONS JESUITES AUPRES DES OJIBWAS AU 19 e SIECLE : UN REGARD TRONQUE

C'est de la rencontre entre amérindiens ojibwas et missionnaires jésuites au XIX e siècle dont il sera question dans cet article. Après avoir dénoncé une sur­-utilisation des lettres jésuites pour l'histoire du XVII e siècle, nous montrerons en quoi les sources qui fondent l'analyse de cette période, les lettres des jésuites, ont influencé de manière préjudiciable l'analyse du XIX e siècle. Ceci nous amènera à passer en revue les différentes sources qui autorisent l'histoire de la rencontre au XIX e siècle entre Jésuites, Ojibwas et tiers (dont les sources ethnographiques), afin de mettre en lumière les défis qui attendent les chercheurs dans ce domaine.

 

Rik Pinxten

LA COSMOLOGIE NAVAJO ET LA COSMOLOGIE OCCIDENTALE

L'étude comparative des cosmologies est un type particulier d'approche comparative en anthropologie: je veux me concentrer sur des intuitions de base (ou des racines) dans l'étude d'un aspect spécifique de toute culture. Ces intuitions de base peuvent être interprétées comme des 'prémisses' différant de culture en culture. Dans la description et la comparaison des cosmologies des Indiens Navajos et des peuples occidentaux, l'importance de cette approche est manifeste. La description d'intuitions implique des interprétations: les données ne sont jamais brutes, mais elles sont construites et conclues par des processus longs et mutuels d'observation, d'interview, de contrôle par ethnographes et informateurs. En plus, cette interprétation se produit dans le contexte de deux cultures en contact: en anthropologie la connaissance est doublement préjugée (par l'ethnographe et par l'informateur, Pinxten 1981). La naissance de n'importe quel sujet est contextuelle et située dans sa propre culture; la connaissance en anthropologie est située dans le contexte de deux sujets culturels en interaction. Le résultat des interactions entre ces sujets est ce que nous nommons la connaissance anthropologique. Dans ma perspective : la comparaison interactive ne peut être évitée, parce qu'elle est intrinsèque à l'entreprise ethnographique.

 

Michel Duquesnoy :

QUI HABITE LA FORET MONTAGNEUSE DE SAN MIGUEL TZINACAPAN, SIERRA NORTE DE PUEBLA, MEXIQUE? ELEMENTS DE REFLEXION SUR LA NATURE ET LES APPARITIONS CHEZ UN GROUPE NAHUA

Pour les Nahua de la Sierra Norte, l'environnement naturel, siège aquatique du règne nourricier du Talokan, apparaît comme un espace particulier. De multiples extra-humains, bénéfiques et/ ou malveillants, croisent l'homme lors de ses travaux ou lors de ses péripéties dans le vert émeraude d'un complexe naturel étonnant. Ces rencontres, quoique parfaitement "normales" et intégrées dans le discours cosmologique, ne laissent personne indifférent. Loin d'être fortuites, des éléments de sens doivent impérativement les traduire. Les chamanes, en tant que spécialistes du monde magique indigène, interprètent ces événements en les situant dans une cosmovision originale, cadre nécessaire à leur lutte farouche contre le vide et le chaos menaçants

 

Monica Minneci

QUAND LA MYTHOLOGIE SE MET AU SERVICE DE LA PROPAGANDE POLITIQUE: LE RECIT DES PEREGRINATIONS MEXICAS

Les Mexicas étaient parfaitement conscients que le caractère composite de leur empire mettait en péril sa pérennité. Pour donner une cohérence a cet ensemble mal intégré de petites cités-états, il fallait un pouvoir central fort avec une idéologie acceptée de tous, et dont la légitimité était au-dessus de tout soupçon. C'est en manipulant les mythes, entre autres, que les Mexicas tentèrent d'atteindre ces objectifs. Ils retravaillèrent notamment le récit qui décrit les errances des différents peuples mésoamericains partis à la recherche de leur terre promise. Dans la version revue et corrigée par leurs soins, eux seuls sont présentés comme des guerriers méritants, humbles et respectueux des dieux, alors que les autres peuples sont dénigrés plus ou moins ouvertement. Le message implicite véhiculé par ces manipulations est clair : les Mexicas, par leurs qualités morales et par leur dévotion exceptionnelle, étaient les seuls habilités a maintenir le monde en marche en nourrissant le soleil et la terre par des sacrifices. Les campagnes incessantes qu'ils menaient pour obtenir des victimes à sacrifier étaient donc parfaitement justifiées.

 

Michel Graulich

LES VICTIMES DU SACRIFICE HUMAIN AZTEQUE

La grande majorité des victimes du sacrifice aztèque étaient des guerriers capturés sur le champ de bataille selon des règles strictes. D'abord, on les intégrait symboliquement dans la cité. Puis, assimilés à du gibier et aux Mimixcoas mythiques, ils étaient immolés pour alimenter le soleil et la terre principalement, mais en même temps ils expiaient leurs fautes et gagnaient un au-delà glorieux. On examine aussi les autres grandes catégories de victimes: esclaves, enfants, condamnés à mort, personnes libres, marginaux divers, qui, eux, expiaient en incarnant des divinités qui mouraient et ressuscitaient.

 

Geneviève Le Fort

COSTUME ET ROYAUTE SACREE CHEZ LES MAYAS DE LA PERIODE CLASSIQUE: LE COSTUME "EN TREILLIS"

Le costume représente un chapitre important dans l'étude de la royauté sacrée chez les Mayas de la période Classique car le dirigeant porte à l'occasion les vêtements caractéristiques du dieu qu'il personnifie momentanément. Le costume" en treillis", avec sa jupe symbolisant la surface de la terre, en constitue un exemple très intéressant. Il est porté par le Dieu Maïs sur les céramiques peintes et peut être mis en relation avec différents mythes relatant la naissance de la divinité. Sur les monuments, il est surtout porté par des femmes, généralement par la mère du roi. Le grand serpent qu'elle porte souvent dans les bras indique peut-être qu'elle danse pour la pluie et le maïs, comme on le fait encore dans certaines communautés actuelles

 

Dirk Van Tuerenhout

MAYA WARFARE: SOURCES AND INTERPRETATIONS

Cet article propose une révision des sources utilisées par les auteurs modernes pour l'étude de la guerre chez les Mayas. Les recherches archéologiques en cours ne cessent de fournir des informations à ce propos. Les représentations peintes et sculptées s'ajoutent également au corpus des données à analyser. Les projets archéologiques, particulièrement les prospections régionales, mettent au jour des modèles d'établissements fortifiés, desquels se dégage une image très détaillée de conflit à grande échelle. De courtes descriptions des communautés des Hautes et Basses Terres mayas sont fournies, avec une emphase particulière sur la région de Petexbatun, dans le nord du Guatemala. L'auteur met en garde vis-à-vis des interprétations de modèles de guerre sur base du registre matériel. L'article se conclut par une discussion sur la saisonnalité et d'autres facteurs limitatifs de la guerre.


Didier de Laveleye

LE « METISSAGE» ET LA CULTURE « POPULAIRE» AU BRESIL: ETHNOLOGIE DE LA FETE DU BUMBA BOL

L'américanisme s'interroge de plus en plus sur le phénomène du métissage culturel amorcé à partir de la conquête du continent, poursuivi par la traite africaine et aujourd'hui réactivé semble-t-il par la «mondialisation ». Après avoir brièvement situé ce débat dans le profil de ce que je considère être une révolution paradigmatique des Etudes Culturelles - centrée sur la question de la pertinence du découpage culturel de l'humanité -, je propose d'observer le métissage dans une perspective nouvelle. A la lumière de l'exemple ethnographique d'une fête « populaire » brésilienne au Maranhiio, le Bumba Boi, j'invite à saisir dans cette manifestation le lieu de production et de reproduction des liens sociaux qui constituent une société et qui permettent d'appréhender une culture. Deux mécanismes participent à ce processus: d'une part, la déconstruction de la comédie «populaire» traditionnelle, par les acteurs eux-mêmes, leur permet de saisir les termes qui fondent leur problématique identité face au mythe national des « trois races » brésiliennes (le Blanc, l'Indien et le Noir). De l'autre, l'appropriation du jeu théâtral par des troupes dont le but est de faire danser un masque pour « payer la promesse » à Saint Jean, permet de réorienter le destin culturel de cette manifestation dans la voie de la pérennité et de la tradition.

 

Jacques Malengreau

DU SEL DE LA TERRE AU RIZ DES ÉTALS: ENTRE AUTONOMIE RÉGIONALE ET DÉPENDANCE DOMESTIQUE DANS LES ANDES DE CHACHAPOYAS (PÉROU)

Les anciens réseaux d'échanges régionaux du moyen Utcubamba et haut Imaza au nord de Chachapoyas (Andes péruviennes septentrionales) étaient fondés sur des pratiques redistributives et réciproques de type interfamilial par-delà les frontières communautaires villageoises. Le sel d'une mine régionale à laquelle accédaient librement les familles des différentes communautés de la région jouait un rôle moteur important dans ces échanges qui s'inséraient dans un large réseau clientéliste relativement égalitaire. Certains intermédiaires locaux utilisèrent cependant le sel et détournèrent les pratiques de troc à des fins plus individualistes et plus mercantiles, et cela indépendamment des restrictions au commerce du sel local imposé par les autorités étatiques. Ce processus déboucha non seulement sur un changement dans la nature et dans la qualité des échanges de biens et de prestations. Il contribua également au déclin des solidarités régionales et communautaires et à une perte d'autonomie à l'égard du marché des unités domestiques de la région. Les habitants se défendent cependant, surtout dans le cadre familial, contre cette dépossession de leur économie en combinant innovations commerciales, migrations externes et replis autarciques au sein d'une même stratégie qui leur permet d’accéder à de nouvelles prestations et à des débouchés inédits sans perdre pour autant un certain contrôle de leur environnement.

 

Peter Eeckhout

MONUMENTS, TEMPS ET POUVOIR, FORCE DE TRAVAIL ET STRUCTURE DE L'AUTORITÉ A PACHACAMAC, CôTE CENTRALE DU PÉROU

Quelle quantité de travail a représenté la construction d'un édifice ancien? Combien de temps a duré l'entreprise? Combien de personnes a-t-elle impliqué? Autant de questions qui, à la vue de ces formidables monuments, viennent naturellement à l'esprit, que l'on soit archéologue ou simple visiteur. Je me propose d'y répondre par l'exposition et l'étude du cas concret de la Pyramide à rampe n°III-B de Pachacamac. Grâce aux fouilles menées sur le terrain, nous avons pu établir que le bâtiment a été construit en moins de 6 mois, vraisemblablement par corvées tournantes d'environ 200 personnes travaillant chacune une trentaine de journées de 5 heures, le tout au cours de la première décennie du XVe s. de notre ère. Cette relative rapidité s'intègre parfaitement au modèle de fonctionnement général des pyramides à rampe de Pachacamac, interprétées comme autant de palais successifs, car elles suggèrent que l'héritier du souverain défunt ne restait que fort peu de temps sans résidence propre. Par ailleurs, les données récoltées sur l'organisation du travail informent de manière substantielle sur la structure de l'autorité locale à la période pré-Inca.